La lettre d’information

La lettre COS n°24 Septembre 2016

Le billet de Sandrine Clergerie Voir son parcours...

photo de Sandrine ClergeriePourquoi avons-nous choisi la voie du coaching ? Si la réponse appartient à chacun d’entre nous, à titre individuel, il y a cependant une probabilité pour qu’une certaine représentation du « vivre ensemble », du « faire ensemble » fasse consensus. Quoi que certains accompagnements puissent tendre vers la fabrique de champions et être davantage orientés compétition que coopération. C’est peu probable pour un praticien COS : à moins d’y entrer parce que nous avons vu de la lumière, l’école et le courant de pensée choisis parlent d’une intime conviction. C’est à une variation sur ce thème de la coopération que nous a invités la Journée d’Etude du COS le 1er juillet dernier, sous une nouvelle formule interactive constituée de trois ateliers. L’atelier sur l’intelligence plurielle, animé par Fabienne Bernard, fut une belle expérience de coopération en actes et en musique, sollicitant pour ce faire nos ressources émotionnelles, sensorielles et sensibles, souvent et injustement laissées pour compte dans l’univers de la productivité. Celui sur le biblio-coaching, animé par la pétillante Emilie Devienne, nous a sensibilisés à un vecteur de coopération aux immenses possibilités, le texte, suscitant une autre forme de réflexion et d’élaboration chez les personnes accompagnées. Enfin, l’atelier animé par Alex Lainé a exploré la posture clinique en tant qu’accélérateur de coopération, dans le cadre d’un accompagnement à visée non thérapeutique. La formule des ateliers a remporté vos suffrages, à l’immense majorité selon les témoignages recueillis en fin de journée, en particulier parce qu’échanges, co-élaboration et coopération y ont naturellement trouvé leur place. Les thèmes abordés, la qualité des animateurs, l’interactivité et l’ambiance sont les quatre critères principaux de votre satisfaction. Si le succès de cette rencontre annuelle va croissant, c’est qu’elle constitue l’occasion d’interroger ses pratiques, d’explorer des voies créatives et surtout, de se retrouver. La vie de coach n’est pas un long fleuve paisible, les places sont chères pour tous, et pourtant, la principale motivation à assister à cette journée, c’est bel et bien la qualité relationnelle et « l’être ensemble ». Revenir aux sources, échanger avec des pairs, partager un moment convivial, maintenir le lien avec les camarades de promotion, voici les points émergeants à près de 100 % de vos témoignages. Preuve, s’il en était besoin, que même dans un monde de compétiteurs, la coopération est inscrite dans nos gènes. Et si, selon Sennett, cette capacité sociale nécessite néanmoins un rituel pour s’épanouir, ne serions-nous pas les artisans d’un nouveau contrat social ? Cette édition vous invite à prolonger la réflexion.

Plumes ouvertes...

A Philippe Bigot

photo de Philippe BIGOTCOOPERER, UNE ETHIQUE DE LA RELATION D’ACCOMPAGNEMENT ?

Pourquoi aborder la coopération et l’ouvrir à une question, celle de l’éthique dans l’accompagnement et la relation qu’elle suppose ?

Si le thème de la « coopération » et sa valorisation est fortement présent dans les études, les médias, les publications et cela dans des champs divers allant de l’économie à la sociologie en passant par les NTIC, c’est peut-être parce qu’il pointe quelque chose du monde et de la société dans laquelle nous vivons.

Or si le concept a son actualité, il trouve ses fondements formulés par un chercheur dont les travaux ont fait l’objet de multiples instrumentalisations idéologiques, il s’agit de Charles Darwin. Voici ce qu’il écrit dans « La filiation de l’Homme » (1871) : plus on en apprend sur les mécanismes évolutifs, plus il est manifeste que la coopération a joué un rôle aussi important, voire plus important, que la compétition dans l’apparition des formes de vie complexes telles que nous les connaissons aujourd’hui. Le passage de l’évolution biologique à l’évolution culturelle, qui débute avec l’Homo sapiens, n’a d’ailleurs été possible que grâce à l’incorporation de modèles de coopération dans le cerveau humain, qui ont permis à l’espèce humaine d’évoluer en tant qu’espèce.

Le propos de l’auteur est assez loin des discours qui récupèrent en la déformant sa pensée. Discours qui prennent la forme d’un holdup idéologique et qui, tout en se réclamant de l’évolution de l’espèce, envisagent l’être humain comme un égoïste insatiable inéluctablement pris dans la compétition avec les autres, compétition qui serait le moteur de nos sociétés. Et, les choses se gâtent dès lors que le compétiteur se transforme en adversaire, la frontière peut s’avérer mince.

Une première perspective s’ouvre. La coopération est essentielle pour l’être humain et son développement. Le désir de coopérer est là en chacun quand bien même est-il masqué par des rapports sociaux qui incitent à la compétition, parfois même jusqu’à l’outrance. Travailler à la coopération c’est alors faire advenir ce qui est là.

De nombreux travaux et publications contemporains mettent en évidence l’idée que la coopération peut être une réponse au malaise dans la société pour aller vers de nouvelles formes du « vivre ensemble ». Le sociologue Richard Sennett aborde concrètement cet enjeu dans son ouvrage « Ensemble ». Il part d’une conviction simple : la coopération est le fondement du développement de l’être humain. Et d’un constat, le travail ayant été déqualifié (Le Travail sans qualités), se définissant dans le court terme, l’inégalité sociale s’étant creusée, se sont alors perdues les compétences de la coopération, qui sont empathie et capacité d’engagement. D’où de multiples communautarismes voire tribalismes, fondés sur une modalité dégradée de la coopération (le nous-contre eux) ou les effets « silos » dans les entreprises (l’isolement volontaire ou subit de services ou de départements). Le « nous-contre eux » triomphe quand la différence devient insupportable, dangereuse ou angoissante. Les humains ne peuvent se comprendre complètement, mais ils veulent que quelque chose se fasse, ensemble ; voilà ce qui sous-tend une coopération exigeante. Il ne s’agit donc pas d’envisager la coopération comme la recherche à tout prix d’un compromis, ou de sympathie universelle : s’il est question d’empathie, il s’agit aussi de conflits inévitables, d’altérité reconnue, d’un équilibre fragile entre compétition et coopération. Pour le sociologue qui fût l’élève d’Hannah Arendt, il se joue dans la coopération notre sensibilité aux autres ; il en fait alors un socle anthropologique.

Une deuxième perspective s’ouvre. La coopération est cette forme de la relation qui implique l’empathie, l’engagement, la réciprocité comme souci de l’autre et de soi. La coopération exprime le triptyque du don (selon les travaux de Marcel Mauss) : donner, recevoir et rendre comme fondement du lien social.

Prenons un autre point de vue. Celui de l’économique et du sociétal. Comment comprendre la dynamique et le développement des entreprises coopératives ? Elles croissent en moyenne de 5% par an en volume et de 3% en chiffre d’affaires. Le mouvement coopératif trouve son origine avec le début du XIXème siècle à l’initiative des ouvriers de métiers. On ne saurait donc plaider la nouveauté. Sans jamais disparaitre, le mouvement coopératif connaitra une nouvelle dynamique au cours des années 80, période qui correspond aussi à l’émergence d’un capitalisme débridé. Coïncidence ? Nous pouvons envisager la coopération comme mode d’organisation du travail d’une part, et de distribution du pouvoir d’autre part, à partir des sept valeurs définies par le mouvement coopératif français :

  • Démocratie : « Les dirigeants sont élus démocratiquement par et parmi les membres. Tous les membres, sans discrimination, votent selon le principe : une personne, une voix. »
  • Solidarité : « La coopérative et ses membres sont solidaires entre eux et envers la communauté. »
  • Responsabilité : « Tous les membres, en tant qu’associés ou en tant qu’élus, sont responsables de la coopérative. »
  • Pérennité : « La coopérative est un outil au service des générations présentes et futures. »
  • Transparence : « La coopérative a une pratique de transparence à l’égard de ses membres et de la communauté. »
  • Proximité : « La coopérative contribue au développement régional et à l’ancrage local. »
  • Service : « La coopérative fournit des services et produits dans l’intérêt de l’ensemble de ses membres en vue de satisfaire leurs besoins économiques et sociaux. »

Une troisième perspective s’ouvre. La coopération détermine des formes de rapports sociaux dont la finalité est orientée vers le « bien commun ». Avec ceci de particulier que le « commun » ne sacrifie pas le « particulier » autrement dit, à la condition que les personnes prises une à une ne disparaissent pas au profit d’un collectif. C’est la recherche de cet équilibre subtil, précaire et sans cesse à réinventer entre l’individu et le collectif que convie la coopération.

Envisageons l’éthique comme un acte de création : un bricolage, une transformation, un ajustement, un assemblage, une construction… comme façon de dire qu’il n’y aurait d’éthique que procédant du singulier là où rien n’est dit, écrit c'est-à-dire prévu à l’avance. Un point de jonction avec l’accompagnement peut s’opérer là : si l’accompagnement implique de l’institué, du cadre, des finalités, des modalités… il suppose aussi que de l’imprévu puisse se produire ouvrant la voie à la nécessaire co-création entre accompagné et accompagnant.

Et si la coopération était une modalité de l’accompagnement favorisant la co-création ? Cette question a orienté les expériences et échanges de la journée.

A Jérôme Toullec Voir son parcours...

photo de Jérôme ToullecLA COOPERATION : COMMENT PASSER (ENFIN) DE LA THEORIE A LA PRATIQUE ?

La « coopération » est un mot facilement compréhensible de tous. La définition la plus usitée (i.e. : origine lat. : cooperari, travailler avec, réaliser une action ou une œuvre commune, syn. de collaborer) est largement partagée dans l’imaginaire collectif. Il serait donc difficile de se méprendre sur son sens lorsqu’il est employé dans une conversation.

Quels sont les apports des sciences humaines en la matière ? En synthèse, pour être heureux, chacun doit pouvoir affirmer au mieux sa singularité (par exemple en développant ses capacités personnelles, c’est le principe d’individuation), mais aussi pouvoir entretenir des relations avec autrui. Il peut notamment s’agir de relations de coopération, son corolaire la confiance réciproque, n’est jamais très loin. L’être humain est donc, à la fois un être unique et un être social en devenir.

Poussons le bouchon un peu plus loin du côté de la philosophie… La citation de Jean-Paul Sartre « L’enfer, c’est les autres » illustre bien à quel point des relations dégradées peuvent nous rendre malheureux. Et que dire de celle de Simone de Beauvoir « Exister, c’est oser se jeter dans le monde » tant elle offre une perspective engageante des rapports humains !

Ces différentes définitions et citations forment un ensemble conceptuel à la fois complexe et harmonieux. La théorie ne semblant pas poser problème, intéressons-nous à la pratique !

Qu’en est-il exactement des pratiques de coopération ? Plaçons-nous dans le champ de l’entreprise. La coopération est-elle si prégnante dans les entreprises ? Le collectif prend-il le dessus sur l’individuel ? Faut-il d’ailleurs opposer ces deux dimensions ? L’équation « 1 + 1 = 3 » est-elle facilement observable et vérifiable sur le terrain ?

Ma pratique professionnelle me laisse à penser que les pratiques de coopération restent globalement sous-développées. La réalité que je perçois est plutôt celle des « silos » et des stratégies personnelles. L’emploi du « je » semble bien plus fréquent que celui du « nous ».

L’étude intitulée « à quoi rêvent les étudiants de prépa » réalisée par le NewGenTalent Centre de l’EDHEC montre que les étudiants :

  1. Souhaitent faire carrière pour apprendre de nouvelles compétences et se développer personnellement (1ère réponse, 33% des répondants, principe d’individuation)
  2. Sont de plus en plus attirés par les petites entreprises et les start-up (33% des répondants, les relations de coopération sont-elles plus fortes dans ce type d’environnement ?)
  1. Souhaitent s'épanouir au travail et être dans une bonne ambiance (deux premières réponses, 58% des répondants, c’est laconfirmation des deux premiers principes)

Cette étude montre bien les espoirs qu’ils nourrissent tant sur le plan de leur développement personnel que celui de la coopération. Le message est on-ne-peut-plus-clair. La réponse à leur demande est, à mon avis, plus dans le « comment » (du côté de la pratique) que du « pourquoi » (la théorie).

Est-il si difficile de changer sa pratique ? Peut-être pas autant que cela n’y paraît, surtout si l’on est accompagné par un expert de la conduite du changement. Dirigeants, managers, et praticiens de la fonction RH, vous êtes en responsabilité sur ce sujet ! Et pour vous aider à passer à l’action, voici deux propositions :

  • Faite du feed-back un principe clé de votre pratique managériale. Simple à utiliser, il permet de renverser la posture classique « top-down » et les dérives parfois associées (dirigisme, sujétion, désengagement)
  • Intégrez dans vos grilles d’entretien d’évaluation une dimension surles pratiques de coopération, voici quelques exemples de question : Quel regard portez-vous sur vos relations avec votre environnement de travail ? Avez-vous pu participer à une réussite collective ? Quelles pourraient être les actions à entreprendre pour développer des relations de coopération ?

En conclusion, le bénéfice escompté du développement de la coopération semble être une évidence tant il est attendu notamment par les jeunes (mais pas qu’eux !). Et en pratique, le changement n’est peut-être pas si difficile à opérer qu’il ne peut y paraître. Et si le premier petit pas vers ce changement était de comprendre avec qui développer la coopération ?

Pour aller plus loin :

A Eric Messié Voir son parcours...

photo de Eric MessieUN FIGUIER EN CORSE, UN EXEMPLE DE COOPERATION

Cet été, de la terrasse de la maison familiale, dans mon petit village Corse, je regardais vivre un figuier, ficus carica pour les botanistes.

Les feuilles hautes, celles les plus proches du soleil étaient recroquevillées. Les feuilles basses, éloignées de la lumière et à l'ombre des autres, toutes déployées.

Cet organisme vivant et productif de biens et services, sans unité centrale connue de type cerveau, n'était-il pas en train de me montrer un exemple de coopération dont nos grandes entreprises pourraient largement s'inspirer?

Chaque unité de production était à la tâche sous l'impulsion d'un manager apparemment absent mais visionnaire. Les racines d'abord, pompaient l'eau, chargées de la transformation de cette matière première. Ce système d'irrigation était relié à l'usine de gestion de la photosynthèse, les feuilles, responsables d'une première fabrication, celle de l'oxygène. Et ainsi de suite, vous m'avez compris, jusqu'à obtenir la production de figues, ce que nous déduisons comme une finalité (mais est-ce bien la seule?). Pour ma part, j'y voyais une certaine beauté.

J'avais face à moi un amas de cellules particulières, autonomes mais organisées entre elles pour produire des biens de consommation et des services utiles aux autres (bactéries, fourmis, oiseaux, humains et j'en passe!). Un modèle de coopération!

Nulle cupidité, chez mon figuier. Nulle recherche de profits à court terme pour sa seule entité. Nul délai de livraison à tenir coûte que coûte. Nulle pollution. Seulement et simplement un souci de croissance jusqu'à parfaite maturité, dans une écologie respectueuse du tissu végétal, minéral, gazeux, sonore, visuel et humain. Oui, je parle bien d'un tissu, où chaque fibre, chaque point a du sens pour l'autre. Chaque élément, avec sa singularité, son unicité, s'y construit avec l'autre pour former un ensemble (un vivre ensemble?) solide et cohérent.

Ce figuier citoyen, être vivant, qui ne peut se déplacer ni être délocalisé, sauf à lui faire violence en l'arrachant, n'a pas d'autre choix que de s'adapter à l'endroit où la nature l'a placé. Il existe plus de 700 variétés botaniques de figuier dans la nature. Un figuier peut vivre 300 ans.

Nous sommes pour la plupart d'entre nous, dans nos vies quotidiennes, impactés par la cupidité des marchés qui ne portent de nom que celui de "marchés": nommer une chose, ne serait-ce pas l'identifier et pouvoir s'adresser à elle?

Combien d'entreprises du CAC 40 ont-elles réussi à conserver leur nom depuis des temps bibliques, à l'instar de mon figuier, et peuvent se targuer des mêmes succès ?

Prenons-en de la graine.

L'air du temps

Rémy Jourdan Voir son parcours...

photo de Sandrine ClergerieLA PANNE

Il sera une fois dans une autre dimension, là où le temps et l’espace sont si différents et où tout vibre si lentement, à moins que ce ne soit beaucoup plus rapidement… En tout cas, là où rien n’est perceptible pour notre niveau de conscience. En ce lieu irréel, donc, sept sages sont en train de méditer sur la folie du monde. Il y a là, Lao Tan, qui toute sa vie enseigna le Taoïsme, Boddidarma, qui porta les préceptes de Bouddha jusqu’en Chine, Dimitrius, mort en martyre dans les arènes avec les premiers chrétiens, Zadig, moine musulman de la confrérie des derviches, Smohalla, prophète et chaman amérindien, Siméon, maître hassidique, et Esope, philosophe grec.

Ils observent le monde, ils devisent sur ce qu’ils voient, échangent leurs opinions. Et, de la sage parole de tous, chacun tire le plus juste, se confrontant ainsi à son propre degré d’évolution vers le Grand Tout, la Grande Perfection. Mais la raison pour laquelle ces 7 grands esprits sont réunis n’est pas la quête individuelle de sagesse, mais bien la mise en commun de leur formidable énergie en vue de corriger quelques-unes de nos erreurs patentes.

Ce jour-là, l’assemblée des 7 regarde un petit point dans le monde du bas, un coin perdu dans les gigantesques forêts qui bordent le fleuve Amazone. A travers la jungle verte, une machine inconnue, conduite par trois hommes, trace une ouverture géante dans la forêt, déroulant lentement un ruban ocre sur l’océan de verdure. Ses lames énormes scient aveuglément muscadiers, palmiers ou noyers, ne laissant que des souches humides de sève comme un être humain perdant ses dernières gouttes de sang.

Dimitrius et Esope sourient devant ce spectacle de l’homme domestiquant la nature :
- Si nous avions eu ces machines il y a 2000 ans, dit le 1er, les pyramides eussent été plus hautes que l’Everest, dressées à la gloire de la race humaine, qui est elle-même l’œuvre de Dieu.

Esope, pour faire écho aux paroles de son ami, se met alors à réciter Sophocle :
- « De tous les prodiges de ce monde,
Le plus grand des prodiges est l’homme
La plus puissante des déesses
La terre impérissable, infatigable
Il la brise chaque année du va-et-vient de ses charrues »

Mais, se tournant vers Smohalla, ils voient l’indien pleurer :
- La Terre est notre Mère, dit lentement ce dernier. Quelle gloire y-a-t-il à déchirer le sein qui nous a donné le jour ? Quand nous mourrons comment revenir dans son corps, pour renaître ? Le soc de ta charrue, Esope, est le couteau qui déchire les entrailles de ma Mère, les lames de cette machine, sont les ciseaux qui coupent les cheveux de ma Mère. Toute ma vie, j’ai caressé la Terre, et l’homme blanc à présent l’éventre.

Emu par ces larmes, Zadig le derviche tourneur se lève sans dire un mot et commence une ronde. Sa danse est une prière : son esprit tourné vers l’intérieur, son corps ondule comme une plante aquatique, tournoyant sur lui-même de plus en plus vite, dans le sens inverse des lames de l’énorme machine.
Il tourne et tourne si fort, que petit à petit, les lames qui déchirent la forêt ralentissent.

- Tes larmes appellent ma compassion, Smohalla. Mais pourquoi pleurer, s’étonne Boddidarma, puisque rien n’existe ? Tout n’est qu’illusion, apparence, cette route qui serpente dans la jungle l’est aussi.

- Ce qui est visible n’est-il pas le reflet de ce qui est invisible, intervient Siméon ? La route que voit Smohalla ne peut-elle être alors le reflet de la plaie béante du ventre de sa Mère ?

- Toute chose est objectivation de l’esprit répond Boddidarma. La plaie n’existe que si la route existe et la route n’existe que si l’esprit de Smohalla décide qu’elle existe.

- Un de vos textes sacrés, insiste Siméon, dit pourtant : « L’esprit est le grand assassin du réel » Cela signifie donc que l’esprit tue la réalité, non qu’il la crée !

- Cela signifie surtout que l’esprit juste est attentif au réel, c’est-à-dire neutre, vide, et qu’il regarde le monde d’une calme attention. Si l’esprit porte des a priori, des préjugés en lui, alors, en ce sens, il tue le réel parce qu’il transforme la réalité. Je dis donc à Smohalla que sa peine, comme la joie d’Esope, entretient la fausse réalité qu’il croit percevoir.

Tous se tournent alors vers Lao-Tan, qui n’avait encore rien dit :
- La joie d’Esope est la peine de Smohalla. L’une n’existerait pas sans l’autre comme le jour n’existerait pas sans la nuit. Elles s’équilibrent comme deux énergies contradictoires mais complémentaires, comme le Yin et le Yang qui constituent le Tao éternel, mère des 10000 choses. Ainsi tout est équilibre. Le ruisseau contourne la montagne, suit la courbe naturelle de la vallée, abreuve les animaux et les plantes avant de se mêler au grand océan qui l’absorbe sans changer de forme.

Après quelques secondes de silence, il ajoute, les yeux fermés :
- Mais cette route en bas, ne contourne rien et traverse tout dans des lignes droites et carrées que la nature n’a jamais créées.
La question juste aujourd’hui, puisque que nous avons pouvoir d’intervenir, est : «cette route est-elle juste ? »

Dimitrius se dit alors que si Dieu faisait de l’homme le maître de la création, la position de maître entraînait des responsabilités. Et Siméon se souvient du Livre de la Genèse faisant de l’homme le couronnement de la création, mais avec le devoir de ne pas en abuser. Et chacun de méditer sur les propos de ses 6 compagnons.

Puis, après un long silence, les sages se lèvent l’un après l’autre, rejoignent Zadig, qui danse toujours, et se mettent à danser avec lui. Ils forment une ronde autour de lui, dans un synchronisme parfait.
Ils tournent et tournent si fort que leurs 7 singularités se mêlent puis se fondent en une transe unique, jusqu’au vertige.

Alors, pour la première fois depuis le début du chantier, la machine eût une panne.

Mémoire de Coach

Eric Messié Voir son parcours...

photo de Eric MessiéLE VERBE, UNE FORCE QUI VA.
La communication verbale avec le coaché

D'emblée, afin de nous mettre en condition, plaçons-nous en compagnie du verbe et de ce qui s'en dégage en prêtant une attention particulière aux phrases suivantes et à ce qu'elles génèrent en nous (type de réaction, sourire, réflexion, image, souvenir, désir de commenter, etc.).

  • “Parlez donc peu. Le silence est une arme, la plus efficace de toutes. C'est la lumière bleue du verbe.” De Léon-Paul Fargue / Dîners de lune
  • "Les missiles ne peuvent être dissuasifs que si les mots rendent leur lancement plausible".
    De Wolf Schneider/ La parole fait l'homme. Magie et puissance du langage
  • "...le mot d'esprit, dont l'effet thérapeutique l'emporte largement sur plus d'une interprétation psychiatrique laborieuse".
    De Paul Le langage du changement
  • "Le cœur humain possède une foule de mots qu'on ne trouve dans aucun dictionnaire."
    De Jean Louis Auguste Commerson
  • " Rossi : En d'autres termes, chaque phrase a des implications, et le message important réside dans ces implications."
    "M. Erickson : Oui!"
    De M. Erickson / E. Rossi dans Traité pratique de l'hypnose
  • "Combien de temps vous donnez vous pour cesser de vous soumettre à ..XXXX.. ?"
    (surnom péjoratif donné au problème). Dans la formation Coaching orienté solution®

Au cours d'un coaching, alors que nous travaillions sur l'externalisation du problème avec un coaché que j'accompagne, je m'essayais pour la première fois à cet exercice. Arrivé à la phase 3 (le temps) de ce support, je formulais de mémoire et approximativement la question du coaching orienté solution précitée. Deux ou trois mots différaient à peine de cette question clé, mais, celle formulée presque comme l'originale, laissa mon interlocuteur perplexe. Je la reformulais donc avec plus de rigueur en me référant directement à mon cours. L'effet fut immédiat et mon coaché exprima une réponse qui permit de mener le travail à son terme.
A quelques mots près, les questions semblaient identiques mais ne produisaient pas le même effet. Dans ce contexte précis, la question "correctement posée" a pu être perçue comme une méta communication portant sur la question approximative initiale. Si l'ordre avait été inversé, on peut supposer qu'il en aurait été tout autant, peu importe laquelle arrivait en premier, le récepteur du message ayant besoin d'un temps d'analyse et d'appropriation, par exemple.

Quoi qu'il en soit, chacun de nous a pu faire cette expérience de devoir préciser avec d'autres mots, une première série de mots (une phrase) qui semblaient mal interprétés ou mal compris.

Mais, qui y-a-t-il donc dans un mot qui provoque tel effet, et dans tel autre mot, tel autre effet ? "Qu'y-a-t-il donc dans un nom ? Ce que nous nommons rose, sous un autre nom, sentirait aussi bon." [1]

S'agissant d'un seul mot, cette question pourrait paraitre assez simple, mais que dire de la phrase (l'association de plusieurs mots), de surcroit si elle est utilisée dans des contextes différents, avec des personnes différentes, ou dans un groupe, une équipe ?

Que dire aussi du symbole, de la métaphore, du conte, du jeu de mots, de l'oxymore, de la chanson, de l'injonction paradoxale de type "soyez spontanés "[2] ou encore de l'induction hypnotique Ericksonienne ? Que produit un mot lorsqu'il "vous agit" (ou vous agite)? Quelles sont les forces d'un mot? Quand ces forces supposées vous font-elles avancer? Peuvent-elles vous stopper, vous paralyser? Le silence est-il un mot en creux? Peut-il agir comme un mot?

Nous n'avons pas la prétention d'être linguiste, ni maître en rhétorique. Pourtant les mots et le langage associé constituent des outils majeurs du coach. Nous avançons auprès de nos coachés avec des mots, des silences, un langage, verbal (et non verbal).

Cela vaut la peine de se pencher sur la question.

A l'évidence, le champ d'étude est vaste et nous ne saurions le traiter ici en profondeur sous tous les aspects évoqués. Pour mieux restreindre ce champ, nous nous limiterons à formuler plusieurs observations de l'utilisation des mots ou des locutions en les reliant à une expérience de coaching. Nous traiterons plus particulièrement de la communication verbale avec le coaché et le coach dans cette communication.

Nous en déduirons ensuite quelques points clés venant examiner l'idée que "Le verbe est une force qui va" dans notre pratique de coaching.

Pour des questions d'ordre pratique et de simplification dues au cadre de cet exposé, nous entendrons par "verbe " un mot, un mot seul, mais aussi toute locution, phrase prononcée au cours d'un coaching.

Des mots, des verbes, des effets

Chacun de nous l'a sans doute constaté, il y a des phrases, dans le contexte d'un coaching, qui produisent des effets. Les questions posées en entretien préliminaire visent à mettre le futur coaché déjà en mouvement. Lorsque nous nous présentons lors de cet entretien préliminaire, nous tentons d'installer un climat propice à la poursuite du coaching et notre questionnement, les mots et attitudes employées impacteront ou non la poursuite de ce coaching. Ici, les échanges verbaux sont des tentatives d'aller à la recherche de l'autre pour mieux s'en rapprocher. Petit à petit, ils vont se relier à son intime, conscient ou inconscient (et à celui du coach). Ils dépassent le cadre d'une communication d'informations purement factuelles et fonctionnelles, aux instants où la confiance tente de s'installer (où l'on fait connaissance pourrait-on dire), afin d'aller plus loin encore dans le champ personnel, sur le "qui je suis moi coaché" et "qui tu es toi coach". "Pour se comprendre soi même, on a besoin d'être compris par l'autre. pour être compris par l'autre, on a besoin de comprendre l'autre." [3]

Lorsqu'en entretien préliminaire nous passons de la question "quelle est votre mission?" d'apparence factuelle mais qui apporte déjà du personnel dans la façon qu'aura de répondre la personne, à la question "quel objectif pensez-vous nécessaire d'atteindre?", cette dernière introduit une notion encore plus personnelle créant grâce au vocabulaire, une opportunité d'entrer plus loin dans la relation.

Ces mots prononcés par le coach, peuvent être interprétés comme un regard bienveillant et non jugeant, des bras écartés pour accueillir, une main tendue, ou encore une invite à s'asseoir, réfléchir ou ressentir.

C'est dans ce cadre d'échanges entre le coaché et le coach, ces mouvements plus ou moins rythmés créés par et avec le langage (verbal et non verbal), que le coaché aura l'opportunité de bouger par rapport à son problème, définir ses objectifs.

Monsieur T.D. un des coachés que j'accompagne, a comme objectif de s'approprier un poste de manager pour lequel il est pressenti. Alors que je travaillais avec lui sur les génogrammes, il me parlait de communiquer et donner du sens aux équipes. Je lui répondit:" Savoir faire et faire savoir" et "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme ".4

Il me fit répéter et réfléchit. Visiblement, ces phrases avaient provoqué en lui quelque chose de différent. Il me demanda de commenter, ce que je fis. Ces phrases semblaient le sortir d'un discours appris et entretenu, purement commercial, qu'il avait intégré dès le début de son parcours professionnel débuté à l'ESSEC. Je l'amenais, en utilisant un carambolage de mots (savoir faire et faire savoir) et une image (...ruine de l'âme), sur un autre chemin. En tentant un déplacement vers l'image à partir des mots, (vers son cerveau droit, celui des concepts), ces phrases lui permirent d'examiner la congruence de ses compétences et de ses valeurs humaines en les confrontant à ses enjeux professionnels du moment.

Ce qu'un autre coaché n'aurait peut-être pas relevé, avait généré en lui une mise en mouvement différente du chemin qui semblait tracé en filigrane depuis ses études supérieures. Etait-ce utile pour lui dans le cadre de ce coaching? Comment le savoir avant d'avoir essayé? Si le coaché expérimente par le biais des tâches prescrites, dans le but de sortir d'un contexte où il se décrit comme bloqué ou tournant en rond, le coach apprenant a tout autant besoin que lui d'essayer.

A l'heure où j'écris ces lignes, je ne sais si ces deux phrases ont créé un effet durable chez le coaché. Chemineront-elles loin en lui? Seule l'épreuve du temps nous l’indiquera et peut être qu'un entretien ultérieur serait l'unique manière de répondre de manière définitive.

Pour ma part, ces phrases ont été un moment important, car elles m'ont interrogé. N'avais-je pas induit, n'étais-je pas allé plus loin qu'il ne fallait pour faire avancer le coaché? Avais-je respecté "l'écologie du coaché "? Etais-je bien en posture de coach?

Dans cette situation, étaient-ce les mots seuls qui avaient produit une force qui va?

Il semble bien que non. Observons!

Les forces des mots

Il y a dans le contexte décrit, un temps, une progression temporelle (nous sommes après l'entretien préliminaire, lors de la première séance de coaching). Une situation de coaching donc, deux personnes en présence, dans l'environnement d'un bureau calme, douillet et bien chauffé. Différents éléments conjugués qui ont contribué à l'émergence d'une parole, d'une force qui va. Comment atteint-elle son but de mettre en action, cette force du verbe? Où va-telle cette force? Se disperse-t-elle? Rebondit-elle sur le récepteur? Agit-elle à chaque fois?

C'est selon.

Pour qu'il y ait coaching, il y a besoin de l'autre physiquement présent afin de capter toute la dimension de la communication verbale (et non verbale). Le mot seul est une onde sonore, une vibration qui se déplace dans l'air, un souffle. Une onde sonore transporte de l'énergie sans transporter de matière en se servant de l'air comme support. "Les mots, par exemple, ont sans doute été des sons rituels avant d'être des moyens de communication;" [4]
Tout ce qui est vivant sur terre produit une onde sonore, même une salade qui pousse, un poisson ou un insecte, il n'y a que le microbe dont nous ne savons pas encore capter la trace sonore.
Les mots, s'ils sont émis par et pour nous seuls, à la façon du soliloque ou de la prière, ont certes l'énergie intrinsèque de l'onde sonore, cette vibration allant du cri au chuchotement. Ces sons font écho en nous. Ils fondent une sorte de conversation entre le monde extérieur et celui intérieur, le monde du silence avec nous même.
Simplement pensés, ces sons intérieurs, comme des mots silencieux génèrent "quelque chose". Oui, dans ce cas, le silence intérieur, habité par des mots pensés, est un mot en creux et donc déjà une force qui va. Sans doute, cette voix muette et intime signale-t-elle, notre présence ici bas, à la manière du nouveau né qui avale sa première goulée d'air au sortir du ventre de sa mère. C'est peut-être là sa fonction primitive.

La lecture ou l'écoute d'un dictionnaire lu de A jusqu'à Z, d'une nomenclature ou d'un répertoire ne provoquent pas ce flux d'interactions observées chez nos coachés au contact de leur coach. Seul le roman (pour rester dans le domaine des mots) pourrait le faire avec autant de force, en permettant un processus d'identification du lecteur à tel ou tel personnage et à telle situation. A nouveau, il y a besoin de l'autre physiquement présent (le coach auprès du coaché), ou fictif (le personnage dans son histoire, par exemple lorsque le coach utilise comme support la question miracle), pour que le mot vous agisse dans le sens recherché en coaching.
Encore faudra-t-il qu'il soit exprimé dans le cadre d'un certain type de relation (visiteur, plaignant, acheteur ou co-coach) pour qu'il puisse éveiller l'intérêt ou la créativité du coaché, afin de permettre l'émergence d'une action. Si il y a force du mot, celle ci est décuplée dans le cadre d'une relation préalablement établie entre coach et coaché. Nous l'avons vu plus haut, ce type de relation (acheteur ou autre) et cette qualité de relation (le niveau de confiance) conditionnent "la force qui va" des mots employés.
Dans sa relation avec le coaché, le coach n'obtiendra à l'évidence pas la même réponse à la suite de mots "qu'est ce qui va mieux?" s'il est en relation visiteur, plaignant, acheteur, ou co-coach avec le coaché.

Le mot développe toute sa puissance lorsqu'il s'insert de façon idoine dans la relation entre le coach et le coaché. Cette façon idoine peut prendre alors différents aspects d'adaptation (reformulation, relance, symbole, métaphore, recadrage, ponctuation, silence, etc.) Au coach de choisir, aussi en fonction de sa propre personnalité, laquelle sera la plus adaptée au contexte en présence, et à l'état du coaché. Si l'humeur est joyeuse, ou si l'actualité du coaché est préoccupante, si encore il est abattu, soucieux, découragé, fatigué... Lors de la prescription de tâche en fin de séance, le coach passe d'un mode "spontané" à un mode plus réflexif. Il s'arrête un temps pour bien choisir ses mots afin de mobiliser les ressources du coaché allant dans le sens des objectifs de coaching.

Si les mots choisis par le coach ont plus ou moins d'impact sur le coaché, ceux du coaché en ont aussi sur le coach.
Lors de l'entretien préliminaire avec Monsieur T.D., en me décrivant sa lourde charge de travail, il m'avait dit:"Faudra-t-il que je tombe malade pour que cela s'interrompe?". Cette souffrance qu'il exprimait ainsi, m'avait ému. De fait, à la limite du burn-out, il dut se faire arrêter presque un mois pour maladie. Il s'était en quelque sorte autoprogrammé pour faire diminuer l'énorme pression externe qui pesait sur lui (et qu'il validait consciemment en l'acceptant et en la subissant) au point qu'il l'avait métabolisée dans son corps jusqu'à atteindre une tension artérielle néfaste.
Lorsque je lui restituais cette phrase à l'occasion de la deuxième séance de coaching, il eut l'air visiblement très surpris et troublé, car il ne l'avait absolument pas conscientisée au moment de son énoncé.

Conclusion

Je me suis exercé auprès de ma femme à utiliser ce que j'avais appris en formation au métier de coach chez Convergence RH en le transposant pour l'aider dans ses échanges parfois douloureux avec sa fille adolescente. J'ai été confronté à un bide retentissant car j'avais supposé à tort que, comme nous échangions copieusement sur le contenu de ma formation, elle serait intéressée par la démarche appliquée à son propre cas.

Il n'en fut rien car nous étions dans le contexte d'une relation intime et non d'un coaching clairement défini et contractualisé. En dépit d'une certaine justesse de mon questionnement, nous n'étions pas dans le type de relation nécessaire à la réussite d'un coaching. Les mots seuls, aussi choisis et pesés fussent-ils, n'eurent d'autre implication que de lui renvoyer d'elle même l'image négative d'une "mauvaise mère qui n'y arrivait pas". La méprise sur le type de relation supposé par moi avait engendré une situation dans laquelle les mots de ma femme, reformulés à son attention pour rechercher un changement de type deux [5], eurent une force qui va, opposée à celle que je leur avais attribuée à tort. Je n'avais pas compris dans quel contexte particulier nous nous situions.

A partir de ces exemples, on voit bien que, non seulement le type de relation mais aussi le contexte (niveau de confiance, lieu du coaching, etc.) donnent aux mots toute la force dont ils ont besoin pour agir.

Un dernier exemple. Lorsque la relation coach / coaché utilise comme supports les courriels ou Sms, l'absence du non verbal risque d'engendrer plus facilement des interprétations erronées. Nous devons alors redoubler de vigilance afin d'éviter tout quiproquo. J'en veux pour témoignage le message expérimental que j'adressais à R.B. alors qu'elle avait oublié notre rendez vous de coaching. J'ai opéré un copier / coller du message suivant lu dans "Le langage du changement" de Paul Watzlawick[6], car il me paraissait bien adapté à R.B. auprès de qui il me semblait détecter peu de changements. Le message était: "Désirez vous parvenir à maîtriser votre problème dès cette semaine ou la semaine prochaine? C'est sans doute là trop prématuré; peut-être préférez vous une pause supplémentaire disons de trois ou quatre semaines?"

Le résultat espéré se concrétisa par une nouvelle prise de rendez-vous au plus vite car le sms avait titillé son ego qui devint une ressource en cette circonstance. Mais privé du non verbal, le risque d'avoir une réaction de l'égo au delà de ce qui était attendu aurait pu compromettre la suite du coaching.

Enfin, la force des mots est probablement proportionnelle à la capacité qu'aura le coaché à se les approprier selon qu'il en aura eu au préalable le goût ou la culture et qu'il se sentira à l'aise en leur compagnie. Le coach aura grand bénéfice à estimer si le langage verbal du coaché est limité, tant en quantité (nombre de mots disponibles dans le vocabulaire de la personne) qu'en qualité (différents sens qu'il pourra attribuer ou non aux divers groupes de mots). Et quelle que soit son analyse sur les mots, s'appuyer sur un non verbal mimétique pour lui signifier qu'il parle bien le langage du coaché[7], le non verbal étant un outil tout aussi majeur que les mots dans la communication entre individus.

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[1] William SHAKESPEARE
[2] Dans Changements de Paul Watzlawick page 84, collection Essais Points.
[3] De Thomas Hora cité dans Une logique de la communication de Paul Watzlawick. 4 Pantagruel de François Rabelais.
[4] De S.K. Langer dans Une logique de la communication de Paul Watzlawick.
[5] Celui qui permet de sortir d'un cadre dans laquelle la relation est enfermée . Voir Changements de Watzlawick, Weakland et Fisch.
[6] Page 122, Le langage du changement, collection Essais Points.

A vos agendas

la prochaine Journée d’Etude du COS aura lieu le 7 juillet 2017.


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Partant du constat de la dissolution du lien social et se basant sur le postulat que la coopération est le fondement du développement humain, un véritable atout social, Richard Sennett produit une trilogie d’essais intitulée l’homo Faber. Le premier tome, Ce que sait la main (Albin Michel – 2010), défend la culture de l’artisanat comme un socle anthropologique. Le second tome, Ensemble – Pour une éthique de la coopération, explore la façon dont se joue dans la coopération la réceptivité aux autres. Enfin, le troisième tome traitera de la manière dont ces deux notions, la coopération et le geste artisanal, peuvent faire alliance pour restaurer l’être-ensemble.

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