La lettre d’information

La lettre COS n°22 Mars 2016

Le billet de Sandrine Clergerie

photo de Sandrine ClergerieEn 2016, la News COS fait peau neuve dans sa forme et sa périodicité : rafraîchie, vous la retrouverez tous les deux mois. Elle est portée par une équipe composée de coachs COS engagés : Pascal Adjedj, Fabienne Bernard, Sandrine Clergerie, Rémy Jourdan, Georges Laville, Hélène Lefebvre, Sophie Pipino, Jérôme Toullec et enfin Mireille Gras qui vient joindre sa plume. N’oublions pas notre efficace graphiste et webmaster, Jean-François Soum. Rappelons que cette News est le fruit d’une volonté de faire lien entre les membres du réseau COS, entre tous ceux qui adhèrent à cette approche originale, innovante, portée par Philippe Bigot à travers son école de l’accompagnement. Cette News évolue dans sa forme, mais aussi au niveau du fond. Ainsi, nous suivrons tout au long de l’année un fil conducteur : les multiples évolutions du monde du travail et ce qui se joue au travers de ces mutations. Co-working, réseautage, auto entrepreneuriat, portage salarial, équipes semi-autonomes, groupes projets, télétravail, entreprises « libérées »… Les pratiques de travail, les formes de collaboration mutent à grande vitesse. Le phénomène est si prégnant qu’il possède son acronyme : NFOT pour Nouvelles Formes d’Organisation du Travail. Quel est le contexte de ces profondes évolutions, tant au niveau historique, que social et technologique ? Quels sont les nouveaux modes de collaboration et modes organisationnels qui se profilent ? Quels impacts ont-ils sur les modes managériaux, les RH et, bien sûr, sur les modes d’accompagnement, le coaching tout particulièrement ? C’est à une réflexion partagée que l’équipe vous convie. Si d’aventure, chers lecteurs et pairs, vous éprouvez le désir de partager une expérience, une réflexion, des idées sur le sujet, vous êtes les bienvenus dans cette démarche coopérative. Et de coopération, il sera largement question cette année, dans cette news mais également au cœur de la toute nouvelle formule de la 13ème journée d’étude du Coaching Orienté Solution, qui fera la part belle à l’implication, à la découverte et à l’échange.

Plumes ouvertes...

A Rémy Jourdan

photo de Rémy JourdanPETITE histoire des GRANDES théories du Management

Pour comprendre les évolutions des théories du management et les grands bouleversements d’aujourd’hui, retrouvez sur le site du COS l’article remarquablement documenté que vous propose Rémy Jourdan.

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A Philippe Bigot

photo de Philippe BigotUne brève histoire de naissance, par Philippe Bigot

Les conditions qui ont permis le développement du coaching dans l’entreprise, au cours des années 80, ne sont plus celles qui en assurent la pérennité en 2016.

Qu’est-ce qui a permis au coaching d’apparaitre dans l’entreprise ? A quels besoins venait-il répondre et qui ne pouvaient être satisfaits au travers des dispositifs déjà existants ? A ces questions, nous avancerons des hypothèses. L’émergence du coaching dans le monde des affaires coïncide avec deux événements qui ont profondément bouleversé les organisations de travail. Enfin, ces deux événements ont une conséquence.

Le premier événement est celui de la révolution technologique. Il a certes accéléré le mouvement de globalisation et des échanges, mais il a aussi profondément modifié les modalités de travail, la relation au travail et aussi les relations professionnelles. Cette révolution a bouleversé notre relation au temps au profit « d’un temps court », celui de l’immédiateté. Nous pouvons (et devons…) être connectés à tout instant, répondre en temps réel aux sollicitations des courriels par exemple. Avec les outils de communication, les frontières traditionnelles entre espace professionnel et espace privé tendent à se réduire voire à disparaître. Ce bouleversement technique a aussi engendré une complexité toujours accrue. Notre monde contemporain est d’une complexité sans égale dans toute l’histoire. De nouvelles formes d’organisation ont vu le jour rendant les repères habituels obsolètes. Il n’est pas rare que les managers et leurs équipes se perdent un peu dans les dédales organisationnels. Alors que les moyens de communication deviennent très performants et instantanés, il est fréquent d’entendre les acteurs de l’entreprise exprimer leur sentiment de solitude et d’isolement, la pression ressentie du poids des responsabilités face auxquelles ils se sentent seuls.

Ces bouleversements se sont produits au cours des trente dernières années, c’est à dire dans un laps de temps très court. Ils engendrent des situations inédites, complexes et fréquemment paradoxales. Sont apparues des problématiques nouvelles, une transformation des rapports et liens sociaux, des relations de travail. Il n’est pas rare qu’un manager soit amené à reporter ses activités à plusieurs acteurs et se retrouve pris dans des logiques contradictoires, voire conflictuelles. Les logiques de l’organisation sont entre-elles interdépendantes. Ainsi les contraintes hiérarchiques peuvent se trouver en contradiction avec les logiques et contraintes d’un projet, ou encore, avec les contraintes et logiques propres d’une ligne fonctionnelle. Les rapports sociaux, les relations interpersonnelles se trouvent conditionnés par ce type de situation. Face à cela, les acteurs du management des entreprises doivent innover, imaginer des solutions nouvelles, aiguiser leur réflexion et analyse des situations, faire évoluer les styles et formes de management. Bref, ces bouleversements se traduisent au travers d’effets très concrets, tant sur les modes relationnels que sur les pratiques professionnelles. C’est à la faveur de ces nouveaux besoins, de ces nouvelles problématiques que le coaching s’est développé comme réponse.

Le deuxième événement est celui d’une transformation du modèle économique qu’entraine la mondialisation. Le néolibéralisme jette les bases d’un nouvel ordre économique qui va avoir un impact direct sur les différents acteurs de l’entreprise, en particulier les managers. Le néolibéralisme n’est pas seulement une doctrine économique. Il est aussi porteur d’une vision idéologique du monde et in fine, de l’être humain. Ce modèle ne fait pas qu’engager les rapports économiques, il détermine un certaine « politique de civilisation ».

Avec le néolibéralisme, les rapports sociaux et l’individu dans son existence même sont soumis aux lois du marché. Dans cette vision, chacun est invité à développer ses ressources et à se gérer à l’instar d’un capital.

Et, c’est à cet endroit que se trouve un autre point de « rencontre » avec le coaching. Nous ne pouvons occulter le contexte socio-économique, culturel et politique dans lequel le coaching est apparu pour en appréhender les ressorts. Comment ne pas faire de corrélations entre le coaching dans le monde du travail et le développement d’un modèle de société dans lequel la performance, la compétition, la réussite matérielle, les résultats sont essentiellement privilégiés. Un modèle dans lequel chacun est invité à « se » développer, à « se » gérer telle une entreprise. De quelle façon le coaching et plus particulièrement les coachs participent-t-il de cela ? Une question qui pour chacun suppose d’être, sans cesse, travaillée.

Une conséquence de ces deux événements est que dans la guerre économique qui se livre dans le monde, les acteurs de l’entreprise, managers et dirigeants tout particulièrement sont invités à engager leur subjectivité. Il ne suffit plus d’être compétent et de connaitre son métier. L’entreprise demande un surcroit d’engagement. Engager ses ressources personnelles, sa subjectivité, son affectivité et son énergie psychique. Un « en soi », pour reprendre la formule du philosophe Hegel, qui ne demande qu’à émerger, à se faire connaitre et à être investi. Le coach peut alors s’en faire le passeur.

Jérôme Toullec

photo de Jérôme ToullecLes entreprises libérées : un effet de mode ?

Si vous vous intéressez, de près ou de loin, aux questions d’organisation du travail ou de management, vous avez sans doute récemment entendu parler de bonheur au travail ou d’entreprise libérée. Il y a un an environ, l’excellent documentaire réalisé par Martin Meissonnier diffusé par ARTE a créé une onde de choc largement relayée par la Fabrique Spinoza et les médias.

D’aucuns diront que nous assistons à un effet de mode. Peut-être. Dans ce cas, faut-il le rapprocher d’un autre effet de mode ? Celui du « tout est coaching - tous coachs » décrit par Philippe Bigot dans son ouvrage sur le Coaching Orienté Solution. Faut-il le rapprocher d’un troisième effet de mode auquel nous assistons actuellement avec la vulgarisation de la théorie du Flux (flow) formulée par un professeur en psychologie dont personne n’arrive à prononcer correctement le nom (Mihály Csíkszentmihályi) ?

J’ai récemment eu l’occasion d’animer une conférence-débat intitulée « Le bonheur au travail : mythe ou réalité ? ». Et j’ai bien perçu l’engouement autour de ce sujet. Si j’avais traité la question du suicide ou du handicap au travail, aurais-je eu la même audience ? Je ne crois pas alors que ce sont de « vrais » sujets de société.

Dans son documentaire, Martin Meissonnier interviewe Jean-François Zobrist, un dirigeant d’entreprise qui témoigne de la transformation organisationnelle et managériale qu’il a réalisée dans l’entreprise FAVI et qui s’est traduite par une meilleure performance économique. Il témoigne d’une libération de son entreprise qui aurait eu lieu il y a plus de dix ans. Certaines images du documentaire sont d’ailleurs un peu « défraichies ». Cette mode ne serait donc pas si récente.

Mais ce n’est pas tout, les différents témoignages repris dans ce documentaire font très largement écho à ceux d’autres dirigeants qui sont transcrit dans un ouvrage intitulé « Oser la confiance, propos sur l’engagement des dirigeants ». Un livre dont l’édition originale date d’il y a plus de vingt ans ! Ce serait donc une mode qui dure.

Mais ce serait sans compter sur le célébrissime Abraham Maslow, bien connu pour sa fameuse pyramide des besoins, qui s’est intéressé au monde l’entreprise dès 1962 alors qu’il était chercheur au Non-Linear Systems. Qu’a-t-il constaté par ses travaux de recherche ?

Deux choses principalement, la première c’est que les chefs d’entreprise qui réussissaient le mieux étaient ceux qui recouraient à une approche humaniste ; la seconde, c’est que les managers qui traitaient leurs subordonnés avec confiance et respect créaient un environnement de travail plus motivant, plus productif et plus créatif.

Maslow est considéré comme un précurseur pour avoir ouvert « une troisième voie » dans le champ de la psychologie en devenant le porte-parole d’un nouveau courant de pensée dit « humaniste ». Force est de constater que, cinquante ans plus tard, sa pensée reste toujours d’actualité. Dès lors, peut-on légitimement parler d’un effet de mode lorsqu’il s’agit d’un mouvement qui dure plus cinquante ans ? Personnellement, j’en doute. Et vous ?

Bibliographie :

  • Le coaching orienté solution, Philippe BIGOT (2010)
  • Oser la confiance, Propos sur l’engagement des dirigeants », Bruno Jarrosson, Vincent Lenhardt, Bertrand Martin (2001)
  • Devenir le meilleur de soi-même, Abraham MASLOW (1956)

L'air du temps

Laurent Rizot

photo de Jérôme ToullecUn entretien avec Nietzsche

Par la magie du Club de vie (concept de l’Approche narrative qui propose de se re-connecter avec sa communauté de soutien), j’ai pu échanger avec Friedrich Nietzsche ! Voici le contenu de l’interview que j’ai menée avec lui… enfin plus précisément, avec l’histoire que je me raconte de ce qu’il m’aurait répondu, alliant légèreté et profondeur…

Laurent : Salut Friedrich, comment allez-vous… si j’ose dire ?

Friedrich : Ca va. L’intérêt d’être mort, c’est de ne plus ressentir la souffrance, et je n’ai plus à supporter ces terribles migraines. Epicure l’avait vu à juste titre : de toute façon, la souffrance ne dure pas. Il n’y a donc pas matière à pleurnicherie quand on a mal. Et d’ailleurs, ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort, je l’ai assez répété de mon vivant.

L : Heu… En parlant de vivant, vous qui croyez en la réincarnation, quand est-ce que vous revenez parmi les vivants ?

F : Je n’ai jamais dit que je croyais dans la réincarnation. Et là d’ailleurs n’est pas la question. Ce que j’ai écrit, c’est que, faire preuve de volonté de puissance, c’est dire oui à la vie ; et dire oui à la vie, c’est faire en sorte de mener sa vie de façon à ce que, si l’on devait la revivre éternellement, on ne voudrait rien y changer. Je n’ai pris la métaphore de l’éternel retour que pour exprimer cette idée, et je crois avoir été malheureusement mécompris sur ce point.

L : Ah. Je crois qu’il y a en tout cas un autre point sur lequel vous avez été mécompris, c’est sur votre concept de Surhumain.

F : En effet. D’autant que les traducteurs français ont dans un premier temps traduit « Übermensch » par « Surhomme », plutôt que « Surhumain », ce qui a renforcé la fausse idée que je pensais qu’il y avait des hommes supérieurs aux autres. Mais, même chez moi en Allemagne, ce concept a été mésinterprété et récupéré par les nazis, pour asseoir leur théorie absurde de la supériorité de la race aryenne... Que voulez-vous, ma soeur Elizabeth était une fervente admiratrice du parti national-socialiste et mariée à un wagnérien antisémite. Juste après ma mort, elle a compilé des fragments de mon oeuvre détachés de leur contexte, qu’elle a publiés dans La volonté de puissance. Les nazis ont tout de suite vu l’intérêt qu’ils avaient à instrumentaliser un grand nom de la pensée allemande pour cautionner leur sombre dessein. Quand je pense au nombre de fois où j’ai dit que j’étais anti-antisémite…J’ai même écrit en 1887 qu’un Allemand qui, par le simple fait d’être allemand, prétendrait être meilleur qu’un Juif, devrait figurer dans une comédie ou un asile de fous…

L : Le regrettez-vous ?

F : Non, les regrets ne servent à rien. Le ressentiment, la mauvaise conscience et la culpabilité non plus.

Comme je vous l’ai dit, dire oui à la vie, c’est aimer sa vie telle qu’elle a été. C’est ressentir l’amor fati, l’amour de son destin. C’est aussi aimer sa vie telle qu’on se l’est faite. La liberté de la volonté sans fatum ferait de l’homme un dieu, le principe fataliste ferait de lui un automate.

L : Que vouliez-vous dire par là, alors ?

F : On ne naît pas Surhumain, ce n’est pas une question de « race » ! On peut le devenir, et quiconque le peut. Le Surhumain, c’est celui qui dit oui à la vie et qui assume ses choix sans avoir besoin de se sentir rassuré ou consolé par une figure supérieure et infantilisante, que ce soit un Dieu, un représentant moralisant ou un homme politique. C’est ce que j’ai voulu expliquer par la bouche de mon personnage de Zarathoustra.

Des livres et vous...

photo de couverture

Une colère noire - Lettre à mon fils

TA-NEHISI COATES

Une lettre poignante adressée par Ta-Nehisi Coates, l’auteur, à son fils de 15 ans

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Le monde d'hier

STEFAN ZWEIG

Le monde d’hier est le livre témoignage et testamentaire d’un écrivain célèbre : Stefan Sweig. Au seuil de sa vie, l’auteur se fait historien des événements qui se déroulent sous ses yeux. Il exprime avec talent un monde qui bascule ; son monde qui disparait et un autre qui surgit. Un texte intemporel pour penser les mouvements du monde.